AUX PORTES DE SALONA, L'ARÈNE
L’amphithéâtre de Salone : gladiateurs, martyrs et ruines
Dans l’arène qui accueillait autrefois jusqu’à 18 000 spectateurs — comment elle fut construite, qui y trouva la mort sous les persécutions de Dioclétien, et pourquoi les Vénitiens en démolirent une grande partie.
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L'amphithéâtre de Salona fut édifié dans la seconde moitié du IIᵉ siècle apr. J.-C., sur un terrain plat juste à l'extérieur des remparts nord-ouest de la cité — un emplacement typiquement romain, qui tenait les grandes foules et leur vacarme à l'écart de la vie quotidienne. Les estimations de sa capacité varient selon les sources, mais les historiens la situent généralement entre 15 000 et 18 000 spectateurs, une envergure qui rivalise avec l'arène bien plus célèbre de Pula. Pour une capitale provinciale plutôt que Rome elle-même, c'est un équipement de divertissement d'une ampleur remarquable, qui en dit long sur la richesse et la population de Salona à cette époque. Il ne subsiste aujourd'hui que peu de choses du mur extérieur elliptique au-dessus du sol, mais son empreinte se parcourt encore à pied.
Gladiateurs, chasses et la foule
Comme tout amphithéâtre romain, l'arène de Salone existait pour les combats de gladiateurs et les chasses aux animaux mises en scène, ces divertissements autour desquels s'organisait la vie urbaine romaine lors des jours de fête. On suppose généralement que les amphithéâtres de Dalmatie, y compris celui-ci, ont accueilli le même mélange de combattants entraînés, de condamnés et d'animaux sauvages importés que l'on voyait dans tout l'empire, bien que les programmes précis qui y furent présentés n'aient pas survécu dans les archives écrites comme ceux de Rome. Ce que l'on sait, c'est qu'une arène de cette taille nécessitait des lignes d'approvisionnement constantes en animaux, en équipement et en artistes, transitant par un réseau provincial s'étendant bien au-delà de la Dalmatie. Salone n'était pas un poste perdu — elle était branchée, à grande échelle, sur l'économie du divertissement de l'empire.
Là où la persécution s'est transformée en martyre
Cette même arène, conçue pour le spectacle, devint un lieu de persécution chrétienne sous Dioclétien, l’empereur natif de Salone dont les édits de 303 apr. J.-C. déclenchèrent la dernière et la plus sévère vague de répression antichrétienne de l’Empire. L’évêque Domnius, figure éminente de la communauté chrétienne de Salone, est traditionnellement considéré comme ayant subi le martyre lors de cette persécution en 304 apr. J.-C. — les récits divergent quant au lieu exact de sa mort, mais l’amphithéâtre figure dans la tradition aux côtés de la nécropole de Manastirine, où il fut ensuite inhumé. L’ironie ne s’arrête pas là : quelques siècles plus tard, Domnius serait vénéré comme le saint patron de Split, la ville née des ruines de Salone. Une arène bâtie pour divertir une capitale païenne finit par s’inscrire, au contraire, dans la trame chrétienne de la région.
Pourquoi les Vénitiens l'ont-ils démoli
L'amphithéâtre de Salone a traversé l'Antiquité remarquablement intact, avant d'être délibérément endommagé plus d'un millénaire plus tard. Durant les guerres du XVIIe siècle entre Venise et l'Empire ottoman, les forces vénitiennes contrôlant la côte dalmate firent démolir de larges pans de l'édifice — la raison officielle étant d'empêcher les raids ottomans d'utiliser ses épaisses murailles comme point de rassemblement fortifié près de Split. L'essentiel de ce qui manque à Salone n'est pas dû au seul passage du temps : tremblements de terre, récupération de pierres pour d'autres constructions et démolitions de guerre y ont tous contribué. Ce qui subsiste aujourd'hui est en grande partie la structure inférieure et l'empreinte au sol, plutôt que des gradins encore debout — une information utile à connaître avant de vous y rendre en espérant trouver une arène aussi complète que celle de Pula.
L’amphithéâtre, en un coup d’œil
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|---|---|
| Construit | Deuxième moitié du IIe siècle après J.-C. |
| Capacité estimée | 15 000 à 18 000 (les estimations varient selon les sources) |
| Emplacement | À l'extérieur des remparts nord-ouest de Salone |
| Connu pour | Jeux de gladiateurs, persécutions des chrétiens, démolition vénitienne du XVIIe siècle |
Visiter l’arène aujourd’hui
Contrairement aux remparts ou à Manastirine, l'amphithéâtre se situe en bordure du parc archéologique et reçoit relativement peu de visiteurs, même parmi ceux qui font le déplacement depuis Split. Ce qui subsiste est en grande partie le niveau inférieur mis au jour et le tracé elliptique, plutôt que des gradins encore debout : il faut donc un certain effort d'imagination pour se représenter plus de 15 000 personnes massées autour de soi. C'est aussi là tout son charme : on peut généralement se tenir au centre de l'arène sans un seul autre visiteur en vue, une expérience que l'on ne vivra pas à l'intérieur du palais de Dioclétien. Associez cette visite à une promenade le long du tronçon voisin des remparts de la ville pour saisir pleinement où se trouvaient réellement les limites de Salone — et son quartier des spectacles.
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